Madeleine se remet à l’hôpital après l’attaque contre son village en mars 2022. Ses quatre enfants faisaient partie des 17 personnes tuées – Photo du HCR.
Dans les collines couvertes de brume de l’est du Congo, une machine de destruction et de pillage systématique est à l’œuvre depuis deux générations. C’est une industrie qui transforme le bétail en cash, les villages et les hommes en cendres — sous la surveillance d’un État congolais failli et complice, d’« ONG civilisées » et des opérations onusiennes inefficaces, inutiles et complices par leur silence. Et que fait la MONUSCO en RDC, au vu de son mandat?
GOMA — Le brouillard de la guerre est un cliché commode. Cela suggère confusion, chaos, les collisions accidentelles d’hommes désespérés dans de sombres forêts. Mais tenez-vous sur la crête surplombant les prairies des vaches légendaires de Masisi, ou promenez-vous sur les marchés vides de Minembwe, et le brouillard se dissipe. Ce qui reste, c’est quelque chose de bien plus terrifiant encore que le chaos : l’ordre.
Alors que nous mettons en lumière ce canevas de meurtres, viols, tortures, incendies de personnes et de villages, de mangeurs de chair et de pillages durant ces cinq dernières années, quoique le système est établi depuis six décennies, juste après le départ des Belges de la région des Grands Lacs dans les Indépendances : les communautés tutsi et banyamulenge de la République démocratique du Congo orientale n’ont pas été victimes de « violences communautaires aléatoires ». Ils ont été des cibles d’opérations logistiques synchronisées.
Le génocide des Banyamulenge – Photo Plateforme Kuno.
Ce sont des opérations avec une chaîne d’approvisionnement, une paie et un cadre « légal ». Il s’agit du pillage de 300 millions de dollars de bétail au cours des cinq dernières années (sans compter les décennies précédentes de vagues de meurtres et de pillages), l’incendie de villages et de leurs habitants à portée de cri des casques bleus de l’ONU, ainsi que la résurrection d’horreurs rituelles – y compris le cannibalisme – que le monde pensait enfouies dans les siècles passés.
Des abattoirs de Maniema aux salles de réunion des dirigeants de Kinshasa, Tech-Biz.Today a retracé les mécanismes de cette effacement. Ce n’est pas une histoire de coltan, de diamant ou de cobalt : la rhétorique des minerais apparait, à la lumière des faits, être un prétexte pour couvrir, ignorer, effacer les souffrances officiellement infligées par l’État et les atrocités visibles, sur la vie des personnes et communautés bien réelles des montagnes des Kivus, volontairement ignorées par les diplomates, les politique, les ONG, et par le Conseil de Sécurité des Nations Unies.
Plus récemment, fin 2025, cette opération a évolué en un siège total, un « blocus de famine » imposé par des armées étrangères [FARDC, FNDB, Mercenaires] et des drones armés.
C’est une histoire sur un fond silencieux et pourtant retentissant : un État congolais défaillant, généralement classé parmi les « entités chaotiques ingouvernables » De Rivero, Le Monde Diplomatique, et j’ajoute, « maintenu ingouvernable », avec des centaines de milices mai-mai et leur allié génocidaire commun le FDLR, et le silence du monde, y compris celui du clergé national, des « ONG civilisées » nationales et internationales du Nord, leur soutien, MONUSCO, maintenant chaque année une opération de « stabilisation » gigantesque, inutile et finalement nuisible, d’un milliard de dollars américains s’étendant sur 26 ans. La présence continue de la MONUSCO donne une caution morale et légitime le leadership congolais corrompu jusqu’à la moelle et les milices, qu’ils peuvent continuer à danser dans la boue du marigot, avec tous les effets collatéraux sur la vies des congolais, et des pays voisins sans conséquence.
Enterrement des Banyamulenge après lynchage, coup de machettes puis brûlés jusqu’à être calcinés – Photo Plateforme Kuno
LE GRAND DÉPOUILLEMENT D’ACTIFS
Sud Kivu & Ituri | La logistique de l’effacement
Pour comprendre le siège du Banyamulenge dans les Hauts-Plateaux du Sud-Kivu ces derniers mois et années, ainsi que lors des vagues de tueries des dernières décennies à Masisi, Ituri et d’autres endroits où vivent ces communautés, il faut d’abord ignorer la politique et suivre l’argent autour du sang et des cendres… Plus précisément, suivez le bétail: nourriture et collatéral, ayant aussi une grande valeur sociale et parfois mystique depuis des millénaires dans ces communautés: en tuant la vache d’un rwandophone, et tu le tues avant même de l’atteindre…
La justification : « Une souris dans une valise ». Le pillage est motivé par une philosophie d’exclusion. L’ancien ministre et député Justin Bitakwira, architecte reconnu de cette rhétorique, a résumé cette dépossession par une métaphore glaçante devenue l’évangile des milices des hautes terres :
« On ne peut pas se dire Congolais simplement parce qu’on est au Congo, » déclare Bitakwira. « Si une souris entre dans la valise d’un président, elle ne devient pas présidente.»
Le témoignage : » Les Bateaux de la mort » du Tanganyika
L’effacement n’est pas seulement économique ; il est physique. Nyamwiza, un survivant Banyamulenge qui a fui les hautes terres, a décrit le positionnement systématique des milices pour « éradiquer, éliminer » les villages de ces communautés en vue du pillage. Son témoignage, enregistré dans une enquête académique de 2025, révèle l’efficacité des opérations de « nettoyage » : « Ils menottaient les bras des hommes par derrière avec les ceintures ou chemises qu’ils portaient. Puis ils ont déchargé les femmes et nous ont fait nous asseoir sur le côté… Ils prenaient un groupe d’hommes, éloignaient le bateau du rivage du lac et les jetaient dans les eaux du lac Tanganyika.» Les Banyamulenge ont connu un génocide
La rhétorique des minerais apparait, à la lumière des faits, être un prétexte pour couvrir les souffrances et atrocités officiellement infligées par l’État, sur la vie des personnes et communautés réelles et non pas fictives des montagnes des Kivus, volontairement ignorées par les diplomates, les politiques, les ONG, les médias, et par le Conseil de Sécurité des Nations Unies.
Bétail pillé dans la communauté Batutsi à Masisi – Photo 2023 @SOS Medias Burundi
Le braquage des 400 millions de dollars
Entre 2019 et 2025, environ 452 000 têtes de bétail ont été dépouillées de la communauté Banyamulenge. Dans les marchés chaotiques de Misisi et Salamabila, ces troupeaux volés sont apparus avec une régularité soudaine, totalisant une saisie cumulée d’actifs d’environ 300 à 450 millions de dollars US. Banyamulenge vivant un génocide , sosmediasburundi.minembwe.plus-de-265000-vaches-pillees.
Ituri : Le camp au bord de l’enfer
À des centaines de kilomètres au nord, la communauté Hema fait face au même cauchemar de la part du groupe des milices CODECO de la communauté Lendu [CODECO, alliée aux FARDC, aux FDLR et au gouvernement de la RDC, avec de nombreux dirigeants accusés de crimes de guerre par l’ONU]. L’horreur est définie par les massacres dans le camp des déplacés internes [IDP] de la Plaine Savo (2022-2024), où plus de 60 personnes – parmi plusieurs centaines de milliers tuées ces dernières années – ont été massacrées à vue d’oeil près d’une base de l’ONU.
Le témoignage : l’épreuve de Madeleine
Madeleine, survivante de l’attaque de Plaine Savo [Sur l’image principale], offre un récit dévastateur de la brutalité utilisée pour terroriser la population et la forcer à fuir. Elle était très enceinte lorsque des combattants de CODECO sont entrés dans sa tente:
« Les assaillants se sont jetés sur mes enfants avec des machettes. En quelques minutes, tous étaient morts… Tournant leur attention impitoyable vers moi, ils m’ont frappé le bras droit, la main gauche et la tête… Je n’avais pas la volonté de vivre après qu’ils aient massacré mes enfants.» unhcr.org.no-escape-pour-civils.
Les médecins ont pratiqué une césarienne d’urgence pour sauver son bébé, mais sa famille a été effacée en quelques minutes, à moins de 2 km des casques bleus qui « ne sont arrivés qu’une fois l’attaque terminée».
Plus de 2,5 millions de Bahema, Batutsi, Banyamulenge seraient sortis de l’Ituri, du Nord et du Sud Kivu au cours des 30 dernières années – Photo Plateforme Kuno
LA MACHINE DE L’IMPUNITÉ
Kivu du Nord et Maniema | L’État, la Milice et le Village en Flammes
Si le Sud-Kivu est la scène de crime du vol, le Nord-Kivu est le laboratoire de l’impunité politique. Ici, sous l’ombre du Volcan Nyiragongo, le génocide a été légalisé.
La pourriture est dans la tête du poisson: la doctrine de la « perfidie »
La complicité des FARDC (armée congolaise) commence au sommet. Le général de division Sylvain Ekenge, porte-parole militaire, a lancé le 27décembre 2025 une diatribe à la télévision nationale (RTNC) visant les femmes tutsies:
«Quand tu épouses une femme tutsi, tu dois faire attention… C’est de la perfidie.»
Le décret «Wazalendo» et les camps de viol
Encouragé par cette rhétorique, le gouvernement a adopté en 2023 le décret des forces de réserve, rebaptisant plusieurs milices génocidaires comme les Mai-Mai ou les FDLR en «Wazalendo» (Patriotes). Ce décret a effectivement donné une couverture légale à la violence sexuelle, à l’incendie de villages, à la machette et à la consommation de la chair humaine calcinée.
Le témoignage : Attachée entre les arbres
Une enquête récente d’Amnesty International documente l’horreur infligée par ces milices «alliées à l’État». Un survivant de Masisi a décrit un viol collectif par des combattants de Wazalendo qui illustre l’impunité totale :
«Elle a été attachée entre deux arbres et six Wazalendo l’ont violée… Les hommes parlant kinyarwanda [Nyatura, proche associé des FDLR et des FARDC] l’ont accusée de soutenir le M23. Ils lui ont dit que ‘toute femme qui vient sur le terrain, nous la violerons toujours’.» (Amnesty International).
L’incendie de Nturo
En octobre 2023, cette coalition [Wazalendo, FDLR, FARDC] a incendié 300 maisons à Nturo (Masisi). Les rapports confirment que des troupes des Forces de défense nationales burundaises (FDNB) étaient déployées à proximité mais agissaient comme une «force de blocage» pour que ces habitants de Nturo ne fuient pas, tandis que les drones des FARDC surveillaient au-dessus de nous, déclaration du Rwanda au 58e Conseil des droits de l’homme de l’ONU.
«D’Ituri en passant par le Nord et le Sud Kivu jusqu’au Tanganyika, des milliers de civils ont déjà été tués depuis 2017 lors de flambées de violence. Les plateaux d’Uvira, Fizi et Mwenga ont été ravagés par des vagues massives de destruction, devant même les forces de maintien de la paix de l’ONU.» Société pour les peuples menacés
L’Ouganda en premier (30 % du total), et le Kenya en second, ainsi que la Tanzanie, le Rwanda et le Burundi reçoivent des millions de réfugiés congolais, toutes ethnies et provinces d’origine incluses – Photo de la plateforme Kuno
LE CŒUR DES TÉNÈBRES
L’idéologie | Chair, Sang et la Haine sur les plateformes Numériques
La dernière couche est psychologique. L’objectif est d’expulser complètement les victimes de la race humaine.
Le « Criminel né » et le «Microbe». La violence est alimentée par un écosystème linguistique. Justin Bitakwira a déclaré : «Un Tutsi est un criminel né. Je me demande si le Dieu qui a créé les Tutsis est le même qui nous a créés.» Cela fait écho à l’appel de 1998 d’Abdoulaye Yerodia Ndombasi : «Ce sont des microbes, qui doivent être éradiqués méthodiquement.»
Le retour du cannibalisme «Simba»
Les commandants de Wazalendo convainquent les recrues que consommer le cœur ou le foie d’un « ennemi » tutsi leur confère la dawa—l’invulnérabilité. Lors de la 58e session du Conseil des droits de l’homme de l’ONU (2025), des déclarations officielles ont cité « des actes de cannibalisme contre les Tutsis congolais » comme devenant «terriblement courants».
De nombreuses questions peuvent hanter un parent réfugié congolais : où élever la prochaine génération ? Grâce à M23/AFC, leur avenir peut-il être assuré ? – Photo : Plateforme Kuno
POURQUOI LA MONUSCO EST TOUJOURS EN DRC ?
La crise dans l’est de la RDC est un système précis. Une crise entretenue en utilisant la législation d’État pour désigner les tueurs, la logistique militaire pour monétiser les biens pillés, les armées étrangères pour imposer des blocus afin d’affamer une communauté précise et la haine réthorique pour justifier l’indéfendable.
Au vu de ces 26 années où la MONUC puis la MONUSCO est en RDC, l’insécurité, l’instabilité, le nombre de milices ont augmenté exponentiellement par centaines. Même si ce n’est pas la MONUSCO qui crée ces milices, cette opération onusienne maintient et entretient un cadre propice à l’infantilisation et à l’irresponsabilité éternelle de l’état congolais. Et le Conseil de Sécurité et celui des Droits de l’Homme constatent sans l’exprimer ouvertement l’inefficacité totale de la MONUSCO dans son mandat dit de « sécurisation et de protection des populations ».
«D’Ituri en passant par le Nord et le Sud Kivu jusqu’au Tanganyika, des milliers de civils ont déjà été tués depuis 2017 lors de flambées de violence. Les plateaux d’Uvira, Fizi et Mwenga ont été ravagés par des vagues massives de destruction, devant même les forces de maintien de la paix de l’ONU.» Société pour les peuples menacés, lors de la 59e session du Conseil des droits de l’homme de l’ONU.
La question demeure: Que fait la MONUSCO en RDC, vu son résultat plus que négatif? A-t-elle un autre mandat différent de celui que nous connaissons tous?
Monusco Mandate: (i) «Protection des civils menacés de violences physiques en prenant toutes les mesures nécessaires pour assurer une protection efficace, rapide, dynamique et intégrée.» Pg 9/15.
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