Kinshasa ressemble à une zone de guerre après chaque inondation — conséquence directe du détournement de fonds de la Banque mondiale destinés aux infrastructures vitales et à l’entretien des drains | Photo Armel Gatumba, ACP

Rapport spécial de Claude Ndahiriwe

Le « sprint » tshisekedi — comment la nouvelle élite de la RDC a surpassé les kleptocrates du passé. Dans le cadre d’une enquête internationale sur blanchiment d’argent, le Clan a déclenché un chaos calculé — intégrant des milices génocidaires et utilisant la xénophobie comme arme comme opération stratégique de fumée.

Lorsque Félix Tshisekedi a prêté serment en 2019, promettant un « État de droit » et la fin du « système prédateur », beaucoup espéraient que la République démocratique du Congo clôturait enfin le chapitre du pillage institutionnalisé qui a défini l’ère Mobutu.

Sept ans et deux mandats plus tard, les preuves suggèrent le contraire. Les enquêtes menées par La Libre Belgique, d’autres médias régionaux et une plainte judiciaire historique à Bruxelles révèlent une réalité sobressante : le président Tshisekedi et son cercle rapproché — le « clan Kasai » — ont non seulement hérité des échecs de gouvernance de leurs prédécesseurs, mais ont aussi considérablement accéléré l’ampleur du détournement de fonds et de la saisie d’actifs. En seulement deux mandats, le « Tshisekedi Sprint » a sans doute dépassé l’accumulation de richesse des dirigeants qui ont mis des décennies à bâtir leur empire.

L’héritier du chef-d’œuvre de Mobutu

Le plan d’une mauvaise gouvernance en RDC a été élaboré par Mobutu Sese Seko, le « cerveau » installé et soutenu par les intérêts américains de la guerre froide. L’héritage de Mobutu fut la « privatisation de l’État », où le trésor existait uniquement pour financer la cour présidentielle.

Cependant, alors que le pillage de Mobutu était souvent erratique de centaines de millions de dollars, celui des Kabilas était systémique mais lent, l’administration Tshisekedi a affiné la « Procédure d’urgence » (Procédure d’urgence) en un vide rapide pour les fonds publics. En contournant l’Assemblée nationale et le bureau des appels publics, la Présidence a effectivement découplé le budget de l’État de toute forme de contrôle.

Young fighter with the FPP AP Patriotic Front for Peace Peoples Army at the group s headquarters in Mbwavinwa Lubero territory DRC. Alexis Huguet AFP Al Jazeera

Une génération volée : Des millions de jeunes Congolais, âgés de 12 à 20 ans, sont forcés de s’enfoncer dans les mines ou les rangs des milices alors qu’ils devraient être en classe | Jeune combattant du FPP du Front patriotique AP pour l’Armée populaire au quartier général du groupe dans le territoire de Mbwavinwa Lubero RDC | Photo Alexis Huguet AFP – Al Jazeera

La pandémie de « surfacturation »

La marque de fabrique de l’ère Tshisekedi est le « Projet Fantôme » — une infrastructure soit inexistante, soit évaluée à des marges surréalistes. Quelques exemples sur des milliers :

Le puits d’eau à 300 000 $ : Début 2024, le scandale des « puits forés » a choqué le public. Les documents ont révélé que le gouvernement a payé près de 298 000 $ par unité pour de simples forages à Kinshasa — un projet qui n’aurait dû pas coûter plus de 20 000 $.

Les lampadaires solaires : Simultanément, des milliers de lampadaires solaires ont été mis en service pour un coût d’environ 5 000 $ chacun, soit plus du triple du prix du marché international.

Le système des employés fantômes : Un audit de 2025 mené par l’IGF (Inspection générale des finances) a révélé que l’État verse 66 millions de dollars par mois à 145 000 employés « fantômes ». Ces fonds seraient détournés pour maintenir le « réseau de patronage » du clan Kasai.

Le trou noir des « Sicomines » : Malgré la « renégociation » en 2024 de l’accord de 7 milliards de dollars sur les minéraux contre les infrastructures avec la Chine, des milliards restent non comptabilisés. Alors que l’État revendiquait une victoire pour les « intérêts congolais », des organismes de garde comme Le Congo n’est pas à vendre (CNPAV) ont noté que près de 2,8 milliards de dollars de revenus miniers attendus avaient disparu entre les Gécamines d’État et le trésor central.

Scandale de Vidiye Tshimanga : Un moment charnière est survenu lorsque le conseiller spécial de Tshisekedi, Vidiye Tshimanga, a été filmé en train d’offrir à une société minière « frauduleuse » un accès illimité aux minéraux en échange d’une participation de 20 % pour lui-même et « le patron » (le Président).

L’écart de 16,8 milliards de dollars : Un audit plus récent (juin 2025) par la Cour des comptes de la RDC — largement couvert par La Libre Belgique et Ecofin — prévoit un déficit stupéfiant de 16,8 milliards de dollars dans les revenus miniers sous-déclarés entre 2018 et 2023.

Géographie des pertes : Les cartes des détournements de fonds mettent en évidence les provinces de Lualaba et du Haut-Katanga comme les « zones rouges » où l’écart est le plus important, notamment autour des sites industriels où les « contrats d’urgence » contournent le trésor central.

La saisie par le clan de « résidus » minéraux et des milliards de projets sous-traitants

Peut-être que le changement le plus audacieux sous Tshisekedi est la saisie physique directe des actifs miniers par le « clan présidentiel ».

Les résidus du Katanga : Un rapport de 2025 a mis en avant la saisie illégale des « résidus » de Gécamines (roches minérales riches en cuivre et en cobalt) d’une valeur estimée à 320 milliards de dollars. Il est allégué que des membres de la famille Tshisekedi, en collaboration avec des partenaires chinois et indiens, paient des « frais d’accès » (minimum 20 millions de dollars) à des initiés présidentiels comme le général Christian Ndaywell pour contourner les licences minières formelles.

Monopole sous-traitant : La famille présidentielle est accusée de monopoliser le secteur de la sous-traitance de 10 milliards de dollars par an dans l’industrie minière, taxant effectivement toutes les grandes opérations privées du pays via des sociétés écrans.

Les Jeux de la Francophonie (2023–2024) : Initialement prévu à 48 millions de dollars, le coût d’organisation des jeux à Kinshasa a grimpé à 324 millions de dollars.

Selon la plainte déposée à Bruxelles en juillet 2025 par les avocats Bernard et Brieuc Maingain, neuf membres du « clan Tshisekedi » de nationalité belge — dont la Première Dame Denise Nyakeru et les frères du président, Jacques et Christian — sont impliqués dans un vaste circuit de blanchiment d’argent. Ces « résidus » seraient exploités par des sociétés écrans privées, les « frais de facilitation » se versant dans des comptes privés à Dubaï et Bruxelles.

Employés fantômes : Un audit de l’IGF en 2024–2025 a révélé que la masse salariale de l’État était perdu de 66 millions de dollars chaque mois à travers 145 000 employés « fantômes » — des noms fictifs qui permettent à des hauts responsables de détourner les salaires destinés aux enseignants, soldats et médecins.

Dépenses présidentielles : En 2022, les données ont montré que la présidence congolaise a dépensé 41 millions de dollars en un seul mois, soit nettement plus que les budgets mensuels des principales présidences européennes. Cela inclut des voyages internationaux fréquents (plus de 100 déplacements lors de son premier mandat) avec d’immenses délégations recevant des journées généreuses.

« Blocage au Congo » Suite: Bien que les fuites du blocage au Congo aient principalement ciblé l’ère Kabila, les enquêtes médiatiques de 2025 suggèrent que les mêmes mécanismes — utilisant des banques comme BGFIBank DRC pour transférer des millions inexpliqués — se poursuivent sous la direction actuelle.

 

Alain Libondo 17 left and Nsinku Zihindula 25 hammering a rock to find cassiterite and coltan at Szibira South Kivu. Photo by Tom Stoddart via Getty Images

KOLWEZI DRC – Des mineurs sortent un sac de cobalt que leur collègue fouille sous terre à l’intérieur des mines CDM (Congo DongFang Mining) Kasulo | Photo Sebastian Meyer – Fortune

L’accord de Washington : un postulat compromis à la source

Les « Accords de Washington » entre les États-Unis et la RDC sur les minéraux critiques, salués comme un moyen de sécuriser la chaîne d’approvisionnement occidentale des véhicules électriques, sont désormais perçus comme fondamentalement compromis. La stratégie américaine cherche une source « transparente » de minéraux, mais la réalité pratique est que les gardiens de ces minéraux sont précisément les personnes nommées dans la plainte pour détournement de fonds à Bruxelles.

La Réserve d’Actifs Stratégiques (SAR), gérée par la Présidence, permet au clan de « réserver » les zones les plus précieuses pour lui-même, pour ensuite les « transférer » à des entreprises américaines en échange de paiements privés.

Une distraction pratique : Le coût humain du sprint

En fin de compte, le « Tshisekedi Sprint » représente bien plus qu’une simple tragédie fiscale ; C’est le carburant d’un cycle perpétuel de violence. La gouvernance catastrophique de Tshisekedi, reflétant les schémas de ses prédécesseurs, a directement alimenté la montée de plus de 100 rébellions armées à travers le pays. En vidant les structures militaires et administratives professionnelles, l’État a créé un vide sécuritaire qu’il tente souvent de combler en accueillant et intégrant des milices génocidaires dans les coalitions de défense nationale.

Pour maintenir ce système de prédation, l’administration a de plus en plus utilisé la rhétorique xénophobe et le bouc émissaire ethnique. Cette promotion du « discours de haine comme politique » a servi de distraction commode face au détournement de fonds de haut niveau, mais elle a eu des conséquences mortelles — incitant directement aux massacres dans les communautés minoritaires et creusant la division régionale.

Alors que les tribunaux belges poursuivent l’enquête sur les « Neuf de Bruxelles », la communauté internationale fait face à une dure réalité : « l’Accord de Washington » n’est pas seulement risqué financièrement, mais aussi économiquement, juridiquement et socialement insoutenable en raison du modus operandi de Felix Tshisekedi et de sa famille ; il repose sur une base de prédation nationale et de violations des droits de l’homme qui échangent la vie et la sécurité des Congolais en général, ainsi que des minorités congolaises, contre la commodité d’une chaîne d’approvisionnement en minéraux critiques. Le « Sprint » n’a pas seulement dépassé les kleptocrates du passé ; cela a laissé le peuple congolais plus loin de la paix et de la prospérité que jamais auparavant.

Mis à jour le 21 mars 2026

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