Un creuseur artisanal transporte des morceaux de minerai de cobalt à la mine artisanale de Shabara près de Kolwezi, le 12 octobre 2022 – Junior Kannah-AFP
Tshisekedi est-il le protégé de Trump ? [2/3]
Au-delà des pressions géopolitiques externes et des accords miniers asymétriques, Kinshasa fait face à un mouvement de résistance interne convergent sur trois fronts qui conteste directement la légitimité économique et politique de l’État. Ce contre-front interne réunit des acteurs moraux, politiques et citoyens qui soutiennent que l’opacité des transactions, le bradage des ressources par l’exécutif et la déchéance institutionnelle érodent la souveraineté congolaise de l’intérieur. La question centrale qui résonne dans les cercles politiques et diplomatiques est de savoir si l’alignement transactionnel du président Félix Tshisekedi sur les capitaux occidentaux en a fait le tout nouveau protégé de Washington dans la région, troquant l’autonomie économique à long terme contre une indulgence diplomatique immédiate.
La fondation morale de cette résistance interne est ancrée dans la direction pastorale conjointe de la Conférence Épiscopale Nationale du Congo (CENCO) et de l’Église du Christ au Congo (ECC). En tant qu’institutions civiques les plus crédibles de la nation, ces corps religieux livrent des critiques acerbes contre la fraude électorale systémique, la capture des institutions et la corruption au sommet de l’État. Leurs déclarations pastorales condamnent fermement les changements constitutionnels et les propositions de révision des limites de mandats présidentiels, avertissant que le troc à huis clos de la richesse souveraine du sous-sol prive le Trésor public des revenus essentiels nécessaires à la santé, à l’éducation et aux infrastructures publiques de base.
Le Contre-Front Interne : Opposition Politique et Défenseurs des Droits Humains
Parallèlement à cet réquisitoire moral se dresse une opposition politique consolidée menée par des figures de premier plan, notamment Martin Fayulu (ECiDem), Moïse Katumbi (Ensemble pour la République), Delly Sesanga (Envol), Jean-Marc Kabund (Alliance pour le Changement) et l’ancien Premier ministre Matata Ponyo. Ce front politique axe sa critique sur l’extraversion structurelle des accords miniers étrangers, qualifiant aussi bien les accords de partenariat soutenus par les États-Unis que les contrats de troc chinois de braderie inconstitutionnelle de la souveraineté nationale. Ils soulignent la stérile asymétrie économique qui consiste à accorder aux conglomérats étrangers des fenêtres de stabilisation fiscale préférentielles de dix ans et des privilèges de droit de première offre sur la Réserve d’Actifs Stratégiques (RAS), tandis que les entreprises locales congolaises sont confrontées à une lourde fiscalité, au harcèlement administratif et à une exclusion systématique des principales chaînes d’approvisionnement minières. De plus, les partis d’opposition critiquent vivement l’administration militaire (état de siège) au Nord-Kivu et en Ituri, la décrivant comme un échec de gouvernance ayant suspendu les libertés civiles sans stopper la violence, tout en permettant aux élites militaires au sein des forces armées (FARDC) de prendre le contrôle de routes commerciales lucratives.
Sur le terrain, ce front intérieur est ancré par des organisations éprouvées de défense des droits humains et des mouvements citoyens de jeunes, notamment l’Association Africaine des Droits de l’Homme (ASADHO), La Voix des Sans-Voix (VSV), LUCHA et Filimbi. Opérant à travers les bassins miniers du Katanga, du Lualaba et les provinces orientales ravagées par les conflits, ces organisations documentent méthodiquement les dommages collatéraux civils et environnementaux de l’effondrement de l’État. Leurs rapports de terrain mettent en lumière la réduction de l’espace civique, les détentions arbitraires de dissidents politiques, le harcèlement ciblé des journalistes d’investigation, les expulsions forcées de communautés locales sans indemnisation, la dégradation environnementale non traitée et le travail généralisé des enfants au sein des chaînes d’approvisionnement non réglementées alimentant les coentreprises étrangères. De manière cruciale, les observateurs locaux dénoncent les violations des droits humains commises par les forces de sécurité régulières, les milices Wazalendo soutenues par le pouvoir et des proxys alignés sur le gouvernement, citant des exécutions extrajudiciaires, de l’extorsion aux barrages routiers et des détentions arbitraires basées sur le profilage racial (faciès) ciblant les populations tutsies et banyamulenge.
L’opposition refuse de désarmer après la décision de la Cour constitutionnelle validant la loi sur l’organisation d’un référendum. Pour la coalition Article 64, cette décision ouvre la voie à une révision de la Constitution, une perspective qu’elle rejette fermement. Sur la photo, de gauche à droite : Delly Sesanga (Envol), Jean-Marc Kabund (Alliance pour le Changement), Martin Fayulu (ECiDem) | Photo Jean Noel Ba-Mweze – DW
Corruption au Sommet et Piège des Négociations Asymétriques
L’incapacité à convertir la richesse minière en un développement intérieur à large échelle découle directement des vulnérabilités institutionnelles persistantes au sein de l’appareil d’État congolais. La corruption systémique—qui sévit aussi bien au niveau des négociations de l’exécutif que dans l’ensemble des strates inférieures de l’administration publique—altère fondamentalement le rapport de force lors des négociations de contrats internationaux. Lorsque la conclusion d’accords exécutifs s’effectue à huis clos sans contrôle parlementaire, les besoins immédiats de liquidités à court terme, le soutien politique ou les considérations de patronage hors budget l’emportent sur les mandats d’industrialisation à long terme.
Les négociateurs étrangers, qu’ils viennent de Pékin ou de Washington, reconnaissent cette fragilité institutionnelle et l’exploitent pour obtenir d’importantes exonérations fiscales, des participations majoritaires au capital et des garanties de stabilisation à long terme. Une fois les accords signés, les fuites financières au sommet permettent aux opérateurs étrangers de contourner les lois sur le contenu local—telles que les exigences appliquées par l’Autorité de Régulation de la Sous-traitance dans le Secteur Privé (ARSP)—au moyen de paiements informels, orientant de lucratifs contrats de logistique et de maintenance vers des sociétés écrans offshore, tandis que les rentes minières restent concentrées au sein des réseaux d’élites.
Le déficit de gouvernance de Tshisekedi atteint désormais les tribunaux étrangers
Une plainte déposée auprès du Parquet fédéral belge par les avocats Bernard et Brieuc Maingain vise neuf membres de la famille et du premier cercle du président Félix Tshisekedi détenteurs de la nationalité belge, les accusant de corruption systémique, de blanchiment d’argent et du pillage organisé des concessions de cuivre et de cobalt à travers les provinces du Haut-Katanga et du Lualaba.
Déposé au nom d’ONG de la société civile katangaise et d’anciens dirigeants de la Gécamines, le document judiciaire affirme que des sommes considérables, se chiffrant en milliards de dollars américains, sont illicitement détournées chaque mois des caisses de l’État via des réseaux d’extraction parallèles qui s’appuient sur le soutien direct de l’armée et de la police des mines pour sécuriser leurs opérations, contourner les points de contrôle réglementaires et compromettre la responsabilité nationale.
Des enquêtes journalistiques menées par Tech-Biz.Today ont documenté une alliance mortifère entre élites politiques, officiers militaires et chefs coutumiers directement liés à la création de milices, qui ont collaboré pour monétiser la richesse du sous-sol national, transformant les concessions régionales en coffre-fort familial privé. Au-delà d’enrichir les réseaux politiques, cette collusion a continuellement alimenté l’activité des milices locales et déplacé des millions de civils—un système prédateur antérieur à la gouvernance du M23/AFC et qui continue de fonctionner en toute impunité à travers la région de l’Ituri. [À lire : DRC Plunder: The Washington Mineral deal compromised ; How Congo’s Triangle Turns Blood Into Cash Minerals ; RDC : « Le Katanga est devenu le coffre-fort de la famille Tshisekedi »]
Débâcles Militaires, Souveraineté Contestée et Gouvernance Rebelle
Ces déficits de gouvernance croisent directement la détérioration de la crise militaire et humanitaire dans l’est de la RDC. Le détournement systémique au sein de l’appareil de défense a vidé de sa substance l’armée régulière, laissant les troupes de ligne fréquemment impayées et sous-équipées. Pour compenser ses pertes territoriales, Kinshasa a assemblé une coalition de sécurité fragmentée intégrant les milices locales Wazalendo, les FDLR, des instructeurs et mercenaires militaires privés étrangers venus d’Europe et d’Amérique latine, ainsi que les forces armées burundaises—un mélange qui a fracturé la chaîne de commandement et compliqué la diplomatie régionale.
La coalition M23 / Alliance Fleuve Congo (AFC) exploite activement la corruption systémique, la mauvaise gouvernance et les persécutions ethniques cautionnées par l’État à Kinshasa comme piliers de son récit de légitimité politique. Le mouvement pointe régulièrement du doigt les violences ciblées, les détentions arbitraires, les tueries de masse fondées sur le profilage (faciès), et la collusion militaire entre les FARDC, les génocidaires FDLR, les milices Wazalendo, les forces burundaises et les mercenaires étrangers contre les communautés tutsies et banyamulenge pour justifier sa campagne armée.
De manière déterminante, l’AFC/M23 présente sa gestion fiscale locale comme une alternative disciplinée à la dysfonction étatique, soutenant qu’un contrôle administratif direct stabilise les communautés et empêche les populations locales de devenir victimes de déplacements massifs (organisés par la prédation des politiciens, des FARDC et des milices) ou d’être perpétuellement dépendantes du complexe des ONG et de l’aide internationale.
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