Corneille Nangaa a déclaré ce 16 Aout 22: « La stabilité de Minembwe s’étendra jusqu’à Kalemie, Kolwezi et Lubumbashi… Objectif : avancer et stabiliser les zones de Fizi-Baraka, Uvira, Mwenga, Kalemie, Kolwezi et Lubumbashi, jusqu’au sacrifice suprême s’il le faut. »
Lorsque les hélicoptères des Nations Unies ont atterri dans l’enclave montagneuse de Minembwe, drapée de brouillard, le 24 août 2026, ils ont déposé des observateurs internationaux au cœur d’un théâtre de guerre en rapide mutation. Ce vol a marqué le lancement opérationnel officiel du Mécanisme Conjoint de Vérification Élargi Plus (MCVÉ+), une initiative de supervision régionale conçue pour enquêter sur les pilonnages d’artillerie, les frappes de drones et les violations croissantes du cessez-le-feu à travers le Sud-Kivu.
Il est frappant que les observateurs internationaux n’aient jamais visité Minembwe pendant les sept années où des milices attaquaient à plusieurs reprises les Banyamulenge. Récemment, lorsque le gouvernement — accompagné de l’armée burundaise, de mercenaires et des FDLR — a pris l’avantage sur Twirwanireho, bombardant la zone avec des Sukhoï et des drones d’attaque, tuant, violant, pillant et volant le bétail des civils à Minembwe, ils ne sont toujours pas venus. Ils ne sont arrivés qu’après que l’AFC/M23 a repris la zone pour la deuxième fois, comme s’ils attendaient de voir qui était le plus fort sur le terrain. Quel cynisme. Cette succession d’événements met crûment en lumière ce que certaines parties de la communauté internationale semblent privilégier en République démocratique du Congo : les minerais, pas les communautes ni la cohésion sociale.
Ce déploiement faisait suite à des jours de négociations intenses à huis clos en Suisse, du 17 au 21 août, au cours desquelles des délégués du gouvernement congolais et de la coalition rebelle Alliance Fleuve Congo — qui comprend le Mouvement du 23 Mars — ont élaboré une feuille de route formelle dans le cadre du processus de Doha, médiatisé par le Qatar. Pourtant, alors même que les diplomates finalisaient les calendriers de négociation dans des salles de réunion européennes, les mouvements militaires sur le terrain suggéraient que l’horizon stratégique de la rébellion s’étendait bien au-delà des hauts plateaux des Kivu, vers le cœur minéralier du Katanga.
Corneille Nangaa (Gauche), General Sultani Makenga (Droite)
La guerre opposant l’alliance Alliance Fleuve Congo (AFC)/M23 à la coalition étatique de la République démocratique du Congo a évolué vers un conflit par procuration régional à plusieurs niveaux. D’un côté, les Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) opèrent en tandem avec la Force de Défense Nationale du Burundi (FDNB), les Mercenaires (américains, européens et latino-américains), les milices d’autodéfense locales Wazalendo, et les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) génocidaires, comme colonne vertébrale de la coalition, après le départ de la SADC au cours des premières semaines suivant la prise de Goma par l’AFC/M23. Face à eux se trouve le mouvement rebelle AFC/M23, en partenariat avec la milice Twirwaneho de la Communauté des Banyamulenge.
Ce mélange volatil est aggravé par la profonde dépendance de Kinshasa à l’égard de sociétés militaires privées. Dans le cadre d’un arrangement contractuel de plusieurs centaines de millions de dollars lié à Erik Prince, fondateur de Blackwater, par le biais d’entités telles que Frontier Services Group et Vectus Global, des équipes de sécurité privées ont établi des empreintes opérationnelles s’étendant des centres miniers du sud jusqu’à des bases de départ au Burundi et à Uvira. Initialement conçues pour sécuriser l’extraction de cuivre et de cobalt au Katanga, ces opérations de sous-traitance se sont de plus en plus étendues à la supervision de la logistique du gouvernement, au soutien à la défense et attaques aériennes et aux opérations des drones d’attaque sur la communauté Banyamulenge le long des corridors frontaliers du lac Tanganyika.
L’équilibre militaire a basculé de manière spectaculaire au début du mois de juillet 2026, lorsque les forces rebelles ont lancé une vaste offensive sur les hauts plateaux à travers le Sud-Kivu. Entre le 4 et le 6 juillet, des unités conjointes de Twirwaneho et de l’AFC/M23 ont envahi le Point Zéro, un bastion montagneux clé dans le territoire de Mwenga (secteur d’Itombwe) qui servait depuis longtemps de principale base opérationnelle avancée pour les troupes des FARDC et de la FDNB burundaise. Submergées par des barrages de mortiers à haute altitude et des assauts d’infanterie coordonnés, les forces de la coalition gouvernementale ont battu en retraite, abandonnant le contrôle de plateaux stratégiques qui surplombent des routes commerciales cruciales. Après la capture du Point Zéro, des colonnes rebelles ont exploité leur avantage le long de deux vecteurs majeurs, poussant vers l’ouest à travers les intérieurs forestiers des territoires de Kalehe et de Mwenga, tout en avançant vers le sud le long du corridor du lac Tanganyika vers Kalemie, à la porte de l’ancienne province du Katanga. Les forces de sécurité à Kalemie ont immédiatement relevé leur niveau d’alerte et lancé des bouclages en réponse aux craintes croissantes que des combattants de l’AFC/M23 ne s’infiltrent dans la province du Tanganyika pour menacer les routes de transit du sud.
Le 20 juillet 2026, la direction de l’AFC/M23 a organisé un important défilé de sortie de promotion dans son fief historique de Tchanzu, dans le territoire de Rutshuru, célébrant la fin de formation de plus de neuf mille commandos nouvellement entraînés. Présidée par le commandant militaire du mouvement, le général Sultani Makenga, la cérémonie a présenté des unités d’infanterie prêtes au combat intégrées à l’Armée Révolutionnaire Congolaise, portant l’effectif global de l’alliance vers un nombre estimé à trente-cinq mille combattants.
Cette expansion vers le sud et l’ouest a été propulsée par une escalade massive des effectifs des troupes rebelles et de leur matériel militaire. Le 20 juillet 2026, la direction de l’AFC/M23 a organisé une importante cérémonie de sortie de promotion dans leur bastion historique de Tchanzu, dans le territoire de Rutshuru, célébrant la remise des diplômes de plus de neuf mille commandos fraîchement formés. Présidée par le commandant militaire du mouvement, le général Sultani Makenga, la cérémonie a présenté des unités d’infanterie prêtes au combat intégrées à l’Armée Révolutionnaire Congolaise, portant l’effectif global de l’alliance vers un nombre estimé à trente cinq mille combattants.
Tactiquement, les combats à la mi-2026 ont été définis par une guerre de haute technologie et par des encerclements à l’artillerie lourde. Les FARDC ont déployé des drones de combat CH-4 fournis par la Chine et des drones TAI Anka turcs — entretenus et guidés avec l’aide de sous-traitants étrangers — pour lancer des frappes à longue portée contre les positions rebelles. En réponse, les forces de l’AFC/M23 ont déployé des drones d’attaque kamikazes aux côtés de batteries de mortiers à haute altitude pour bombarder les positions gouvernementales.
La logique politique derrière cette expansion vers le sud, exprimée le 16 août 2026 lors d’une réunion de commémoration à Goma marquant le 22e anniversaire du massacre de Gatumba. S’adressant à l’assemblée pour solidifier un front uni entre l’AFC politique, le M23 militaire, la milice locale Banyamulenge Twirwaneho et les groupes anti-Kinshasa alignés, le leader de l’AFC, Corneille Nangaa, a déclaré que la campagne militaire marquait le début d’une refondation totale de l’État congolais. Insistant sur le fait que toutes les communautés — et pas exclusivement les Banyamulenge — nécessitent une sécurité totale, Nangaa a affirmé, selon ses propres termes, que l’établissement d’une sécurité durable dans les Kivu nécessite d’étendre la ligne de front dans le cœur économique du sud du pays :
La stabilité de Minembwe s’étendra jusqu’à Kalemie, Kolwezi et Lubumbashi… Objectif : avancer et stabiliser les zones de Fizi-Baraka, Uvira, Mwenga, Kalemie, Kolwezi et Lubumbashi, jusqu’au sacrifice suprême s’il le faut.
En liant explicitement la défense locale sur les hauts plateaux à une avancée vers Kalemie, Kolwezi et Lubumbashi, Nangaa a présenté la poussée vers le Katanga à la fois comme un bouclier indispensable contre de futurs massacres et comme le moteur militaire conçu pour reconstruire la nation de fond en comble. Répondant à ce qu’elle caractérise comme la posture militariste à outrance du président Félix Tshisekedi, l’alliance AFC/M23 apparaît prête à pousser vers le sud en direction du Katanga, de toute évidence si les négociations de Doha médiatisées par le Qatar en Suisse échouent.
Sous-jacents à cette poussée militaire vers le cœur économique du pays se trouvent des intérêts économiques profonds et des impératifs de sécurité stratégiques. Pour l’alliance AFC/M23, progresser vers le sud depuis les plaines de la Ruzizi et les hauts plateaux du Sud-Kivu sert à couper les corridors d’approvisionnement des FARDC, à encercler les garnisons gouvernementales et à obtenir un levier direct sur les zones minières industrielles les plus précieuses de la RDC.
Pour Kinshasa, le déploiement des forces étatiques aux côtés des sociétés militaires privées et du FDLR est essentiel pour sauvegarder les centres de cuivre, de cobalt et de lithium du Katanga, qui génèrent la vaste majorité des revenus de l’État nécessaires pour soutenir les opérations de défense nationale, et bien sûr, enrichir un clan familial à la tête de la RDC. Alors que les armées étatiques, les mercenaires et les commandos rebelles manœuvrent le long de la frontière de la province du Tanganyika, la perspective que le Katanga devienne le prochain champ de bataille actif menace de transformer une insurrection régionale en une lutte pour le moteur économique de l’Afrique centrale.
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